Retraite par répartition : ce boulet qui nous tue
Olivier Babeau, économiste 19/11/2024 à 06:57
OPINION. Si l’indexation des pensions décidée par le gouvernement est électoralement payante, elle reporte le poids du déficit sur les actifs cotisants. À long terme, les deux seules solutions seraient d’allonger la durée de travail ou d’introduire une dose de capitalisation, souligne l'économiste Olivier Babeau.
Retraite par répartition : ce boulet qui nous tue
La France est malade de ses retraites. Les débats sur la réforme du périmètre de l’État, le nombre de fonctionnaires et l’efficacité de la dépense publique ont leur intérêt. Mais le vrai problème est ailleurs : c’est bien notre système de protection sociale qui creuse nos déficits, en particulier sa branche vieillesse. Pourtant, il reste incroyablement difficile d’aborder la question des retraites de façon rationnelle.
En dépit de l’incroyable déni collectif que nous avons pu constater durant la dernière réforme, les faits sont têtus. En 1960, il y avait quatre cotisants pour un retraité. Aujourd’hui, seulement 1,7. En trente-six ans, la durée de vie à la retraite a augmenté de 83 % et le pourcentage de cotisants a diminué de 57 %. Une retraite sur dix n’est pas financée, donc financée par l’État, c’est-à-dire par l’endettement. Si rien n’est fait, ce ratio passera à une retraite sur six en 2030. Pire encore : un rapport du Sénat vient de révéler que nous avons longtemps caché un déficit massif des retraites de la fonction publique que nous finançons donc en pratique par la dette.
Pour répondre à ce déséquilibre, deux solutions sont des impasses. L’indexation des pensions décidée par le gouvernement est électoralement payante, mais accentue un dangereux ressentiment intergénérationnel, car cela signifie reporter le poids du problème sur les actifs cotisants et le déficit de l’État, donc les jeunes et les générations futures. D’un autre côté, la baisse progressive des pensions n’est pas recommandable non plus : elle mènerait assez rapidement à une paupérisation des retraités. Quant à ceux qui prônent le financement du déséquilibre par des prélèvements massifs (et même l’aggravation de ces déficits par l’abaissement de l’âge légal) sur telle ou telle catégorie de la population, ce sont des démagogues qui ne veulent pas voir le poids général déjà record des prélèvements dans notre pays.
Travailler plus… ou introduire enfin une dose de capitalisation
Le boulet de nos retraites par répartition dans le nouveau contexte démographique peut être allégé de deux façons. Aucune n’a bonne presse en France. La première est actionnable à court terme : travailler plus. Cela signifie travailler plus sur une année, pour augmenter les cotisations à redistribuer, mais aussi sur la vie, la mise à la retraite devant reculer à mesure que l’espérance de vie s’allonge. Travailler plus, c’est également augmenter radicalement le taux d’emploi, une part plus grande des gens en âge de travailler basculant dans la population des actifs occupés.
La seconde solution n’aurait d’effet qu’à moyen et long terme : introduire enfin une dose de capitalisation. Grâce à son système par capitalisation, un Danois cotise 13 % de son salaire pour un taux de remplacement moyen (rapport de la pension au dernier salaire) de 77 %. Le Français cotise 28 % de son salaire brut pour un taux de remplacement de 72 %. Deux fois plus d’efforts pour une pension moindre. D’après les estimations du Conseil d’orientation des retraites, la retraite française par répartition correspondrait à un « placement » dont le taux réel serait proche de 1 à 1,5 %.
Sur le long terme, des cotisations capitalisées permettraient d’obtenir des pensions bien supérieures pour un même effort de cotisation. Hélas, la méfiance envers les marchés financiers et la méconnaissance de ces outils permettent à une bonne part de notre classe politique de présenter la capitalisation comme un épouvantail, alors même que les fonctionnaires et les ménages les plus aisés en bénéficient déjà eux-mêmes.