Le taux du livret A est-il condamné à baisser après avoir été gelé ?
Par Gaël Vaillant
Le Point
Publié le 23/09/2024 à 09h00
Eu égard à une décision de la Banque centrale européenne, le livret A pourrait baisser au 1er février 2025. Une conséquence inévitable pour un contrat d’épargne aligné sur l’inflation.
Pour de nombreux observateurs, il ne pourrait en être autrement : gelé depuis août 2023 et jusqu'en janvier prochain, le taux du livret A devrait baisser au 1er février 2025. C'est la conséquence inévitable d'une décision, annoncée le 12 septembre dernier, de la Banque centrale européenne (BCE). Cette dernière va en effet procéder à une nouvelle baisse d'un quart de point des taux d'intérêt, la seconde en l'espace de trois mois.
Alors que le gel du taux du placement préféré des Français, fixé à 3 % par le ministère de l'Économie et des Finances, avait permis une certaine stabilité, le livret A devrait donc revenir à un niveau « normal » par rapport à l'inflation. Cela restera toutefois loin de son niveau de 2022, quand son taux plafonnait à 0,5 %.
Comment est calculé le taux du livret A ?
Tous les trimestres, la Banque de France propose à Bercy de modifier ou non le taux du livret A. L'instance s'appuie sur une méthode de calcul transparente. Le taux émane de la moyenne, arrondie au quart de point le plus proche, entre deux chiffres :
celui de l'inflation des six derniers mois (hors tabac) ;
et celui de la moyenne entre les indices Euribor 3 mois (l'un des principaux taux de référence du marché monétaire de la zone euro) et Eonia (le taux auquel les banques empruntent au quotidien).
Vous êtes perdus ? Retenez alors que le livret A évolue selon l'inflation française et l'évolution des taux de la zone euro. Or, ces derniers grimpent ou baissent selon le bon vouloir de la BCE. Si celle-ci décide de baisser les taux, cela doit se répercuter automatiquement sur le livret A. Le livret de développement durable (LDD), le compte épargne logement et le livret d'épargne populaire (LEP) sont logés à la même enseigne.
Mais ce mécanisme purement mathématique reste soumis à une décision politique. La Banque de France fait le calcul et en donne le résultat à Bercy… qui en fait ce qu'il veut. Au vu du niveau d'inflation, le taux du livret A aurait dû augmenter à 4,1 % au 1er août 2023. Mais Bruno Le Maire, alors aux commandes du ministère de l'Économie et des Finances, a par exemple décidé de le fixer à 3 % pour une période de 18 mois, jusqu'au 31 janvier 2025.
Ce choix pouvait paraître contre-intuitif car il se faisait au détriment des détenteurs de 57 millions de livrets A. Mais l'épargne ne concerne pas seulement les individus. Plus l'épargne est importante, plus le coût des crédits pour les PME ou pour le logement social augmente. Ce que Bruno Le Maire, à l'été 2023, résumait un peu rapidement en une formule : « Plus le taux du livret A est élevé et plus les prêts sont chers. »
Que va-t-il se passer au moment du dégel ?
Cette décision politique de geler le taux du livret A est toutefois difficile à tenir dans le temps. Ne serait-ce pour les épargnants. Selon les calculs d'Éric Dor, le directeur des études économiques à l'Ieseg cité par Les Échos fin juillet, le manque à gagner représenterait 6,45 milliards d'euros de février 2023 à juillet 2024 et, selon les prévisions, 289 millions d'euros d'août 2024 à janvier 2025.
À moins de miner l'épargne française – et le moral des Français concernés –, il est donc peu probable que le prochain gouvernement poursuive le gel du taux du livret A. Et devrait suivre, pour le 1er février prochain, la recommandation baissière de la Banque de France.
Reprenons donc la calculette en partant de la récente annonce de la BCE. D'un côté, l'organe européen a confirmé la baisse prochaine d'un quart de point de ses taux directeurs. La banque centrale se réunit en octobre puis en décembre, et concrétisera, à ces deux occasions, la diminution annoncée.
De l'autre côté, l'inflation française devrait rester sous les 2 % jusqu'à la fin de l'année selon l'Insee et pourrait même s'établir à 1,6 % sur un an au mois de décembre. Même si le gouvernement Barnier aligne des mesures chocs, son prochain budget n'entrera en application qu'au 1er janvier 2025 et ne devrait pas changer ces prévisions. Résultat du calcul : les spécialistes estiment que le taux du livret A pourrait baisser, au 1er février 2025, à un niveau situé entre 2,7 % et 2,9 %.